La grande récré», cette avancée sociale

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La grande récré», cette avancée sociale

Message  livaste le Ven 22 Juil - 22:17

«La grande récré», cette avancée sociale
Mots clés : Le Bonheur D'être Français

Par François Hauter

22/07/2011 | Mise à jour : 21:12

LE BONHEUR D'ÊTRE FRANÇAIS(17/30) - Notre culte des vacances n'a pas d'équivalent dans le monde. Ce qui nous vaut une réputation d'incorrigibles flemmards. Cette passion du «temps libre» n'est pas sans conséquences sur le plan économique.

Je vais être honnête: je déteste les vacances. Comparées à mon travail de reporter, se résumant à arriver dans un pays dès que les touristes le fuient, à me loger dans des hôtels désertés et à partager des moments inoubliables avec des autochtones cherchant plutôt à éviter les tirs tendus de gaz lacrymogènes qu'à escroquer le visiteur, les vacances sont pour moi synonymes d'un ennui mortel. Aussi n'y fais-je absolument plus attention. Je les ignore. C'est ainsi que l'autre jour, à l'occasion d'un reportage improvisé dans notre beau pays, me suis-je bêtement retrouvé immobilisé sur l'aire d'une station essence d'autoroute française, en plein Bison futé rouge. Bloqué au milieu d'une campagne improbable. Coincé dans 750 kilomètres de bouchons.

Rarement vu quelque chose d'aussi décadent. Des dizaines de milliers d'humains en short se ruant sur l'eau, et s'en aspergeant confusément. Des mères hagardes en insultant d'autres, à l'assaut de toilettes dégorgeant l'urine. Des meutes d'enfants hystériques, organisant des glissades sur des détritus de crèmes glacées, pataugeant dans des locaux d'une saleté répugnante. Des crevettes dans une nasse. En fin d'après-midi, rien n'a bougé, les gens s'abandonnent au sommeil les jambes ouvertes, la tête rejetée en arrière, avachis. Une caricature de Goya. Impossible de sortir de cette souricière, de défoncer les barrières de l'autoroute et de m'échapper par les champs, ma voiture n'étant pas équipée. Je regrette que l'ami Marco Ferreri ne soit plus de ce monde. Il aurait tiré de cette scène un film, Les Grandes Vacances, digne de La grande bouffe.

L'on n'échappe pas à sa géographie: la France est le carrefour routier de l'Europe, le passage obligé des automobilistes allemands, belges, britanniques ou nordiques se précipitant l'été venu, telles des lucioles, vers l'Espagne et l'Italie. Ces transhumances nous valent d'être classés «première destination touristique mondiale», avec 90 millions de visiteurs étrangers chaque année. En termes de recettes néanmoins, nous sommes derrière les États-Unis et l'Espagne (1). Cela montre que l'on transite dans notre pays davantage que l'on n'y séjourne (2).

Ceux qui se précipitent vers nos côtes sont majoritairement les Français. Tous les deux mois, au rythme des calendriers scolaires, revoilà les vacances, le souci des parents, les cohues dans les gares et les aéroports. Dans ce domaine des congés, la planète entière le reconnaît: nous sommes champions du monde toute catégorie.

Dans l'esprit commun, il reste un tout petit fond de culpabilité à ne rien faire. Comme c'est désagréable, le budget du ministère de la Culture a été doublé et les festivals dotés de moyens considérables. Ils ont fleuri par milliers, ils ont suivi les Français sur leurs lieux de vacances. Terminé le «bronzer idiot». Impossible de ne pas passer quelques jours en Avignon, à Aix, ou à Ramatuelle, de visiter les musées. Concerts, festivals, tout est subventionné. Encore une «avancée sociale» vers un monde idéal ou chacun enfin culpabilisera de travailler. La grande récré avant le repos éternel.

Le culte français des vacances (car c'en est un) débute bourgeoisement au XIXe siècle, avec le goût de l'impératrice Eugénie pour les trempettes à Biarritz. Dans les campagnes de ce temps-là, les longues vacances estivales ont un sens: elles permettent aux enfants d'aider les parents à engranger les moissons. Mais les petits citadins, de plus en plus nombreux, n'ont pour la plupart aucune idée de ce que sont les couleurs d'algues et de marées. Le Front populaire, en 1936, quatre ans avant la Seconde Guerre mondiale, installe les congés payés. C'est un enchantement: l'on ne parle plus en France que de vacances et de grèves. La Wehrmacht cueille le pays, stupéfait, en mai 1940. En 1981, François Mitterrand ordonne la retraite à 60 ans. Cinq années de «temps libre» en plus! Vingt ans plus tard, alors que la désindustrialisation du pays est déjà largement entamée au bénéfice de l'Asie, que la concurrence économique se fait impitoyable, le gouvernement Jospin, en 1998, a l'idée lumineuse de réduire le temps de travail hebdomadaire à 35 heures.

Retour vers le chaos originel
C'est la soupape qui lâche au tournant de ce siècle, au pire moment: les Français gagnent encore 20% de «temps libre»! Isolés du monde extérieur, dans leur bulle, ils décrochent, ils se désintéressent durablement de l'effort et du travail. À l'étranger, et j'en suis le témoin attristé, cette nouvelle stupéfie. D'Auckland à Séoul, elle fait la une des journaux, et sourire la terre entière. Elle installe solidement la réputation des Français: ils sont d'incorrigibles flemmards.

Cela me fait penser à Effondrement (3), cet ouvrage dans lequel le géographe et biologiste Jared Diamond, de l'université de Californie (Ucla), analyse méthodiquement les raisons pour lesquelles certaines sociétés -les Mayas, les Vikings, les habitants de l'île de Pâques décident de se suicider, de s'autodétruire. Des enchaînements de décisions malheureuses, dont on sent parfaitement qu'elles sont irrationnelles, précipitent des peuples entiers dans le déclin. Ainsi des Chinois, qui durant la période Ming se replient sur eux-mêmes, font démolir leur flotte qui à cette époque-là est à l'avant-garde, refusent les sciences, uniquement pour se cuirasser contre les influences extérieures. Ou des Ottomans qui s'opposent à l'imprimerie. Ou les Pascuans coupant les arbres de leur île pour transporter des statues de chefs de plus en plus colossales, en transformant leur île en désert, en plein milieu du Pacifique, et cela pour de stupides questions de prestige ! Il y a dans ce tourbillon vers le bas, dans ce retour vers le chaos originel, une fascination noire qui ramène ces peuples à des stades primitifs, en les conduisant au totalitarisme et à l'esclavage.

Les Français pour leur part ne songent plus qu'aux vacances. Travailler moins, reculer, s'appauvrir… Le lien de cause à effet est limpide. Comment, pour des raisons de confort immédiat ou de pur conformisme idéologique, pouvons-nous écarter la question de notre compétitivité, et donc de notre attitude vis-à-vis du travail, au regard des chiffres toujours plus calamiteux de la balance commerciale française, devenue structurellement déficitaire? C'est un mystère, mais les résultats sont là. Lorsque la France ne vend pas de centrales nucléaires dans le monde arabe, c'est simplement que le «Made in France» est trop cher. À chaque étape de la fabrication de cet équipement, la rigidité s'est installée, le prix est devenu incompressible (4). Vendre au coût réel reviendrait à perdre beaucoup d'argent. Dans ce coût, il y a un État qui ponctionne trop parce qu'il dépense trop, et des salariés qui ne travaillent plus suffisamment. L'équation n'est pas vraiment compliquée. C'est un mode de vie qui est à revoir. Cela demande du courage. Sans doute les Français en manquent-ils.

Profitez-en tant qu'il est temps…
Lorsque je raconte à mes confrères étrangers qu'avec je ne sais quels «rattrapages» et le bastringue des RTT, je pourrais légalement prendre trois mois de vacances par an, ils écarquillent les yeux! Quelle entreprise pourrait survivre à cette folie? C'est d'autant plus délirant que le système ne profite qu'aux salariés les plus riches. L'on offre en effet du temps libre. Mais les gens modestes n'ont pas la possibilité d'en jouir, de se déplacer, car les voyages sont coûteux. Un banquier français me donne les vrais chiffres que ses confrères ne rendent pas publics: 35% des Français terminent le mois avec un compte bancaire dans le rouge! Il ne s'agit pas de chômeurs.

À Clermont-Ferrand, je discute avec Olivier, 54 ans, chauffeur de taxi. Il travaille dur : dix heures par jour. Sa femme l'a quitté et a divorcé, en emportant les économies du ménage. Il me détaille son budget: un salaire brut de 1.780 euros par mois. Nous faisons le compte précis de ses dépenses, à l'euro près. Elles comportent un luxe unique: un abonnement à Canal +. Au début du mois, une fois tout réglé, y compris ses impôts (203 euros), la pension alimentaire pour ses trois filles (400 euros), les assurances, l'EDF-GDF et le crédit de sa maison (477 euros), il lui reste 78 euros à dépenser. Pas un sou de plus ! Comment se nourrit-il? «Chez ma mère à midi, chez ma copine le soir.» Il ajoute: «Évidemment, jamais de vacances!» Ils sont 45% des Français, les plus vulnérables et certainement pas les moins courageux, dans sa situation.

Le dogme des «vacances pour tous» et du «temps libre» a beau démontrer son injustice, son absurdité par son effet dévastateur sur l'économie française et l'avenir du pays, rien n'y fait: les Français continuent de danser sur le pont. Allez, les cigales, profitez-en tant qu'il est temps… et bonnes vacances!

Demain, je serai en Alsace, avec les urgentistes de la petite ville de Saint-Louis, à la frontière franco-suisse. Une révélation.

(1) Les États-Unis ont tiré 93,9 milliards de dollars du tourisme en 2010, l'Espagne 53,2 milliards et la France 49,4 milliards.

(2) Plus rémunérateurs pour notre balance commerciale sont les touristes chinois, sud-coréens, japonais ou russes qui dépensent des fortunes entre Paris, le Bordelais, et les casinos de la Côte d'Azur, avant de découvrir Vérone, Venise et les Alpes suisses («mont Titlis», en chinois. Lorsqu'ils se prennent en photo devant les monuments, ils disent «qiezi!», ce qui signifie aubergine! Nous disons «cheeese!»…)

(3) Folio

(4) En 1980, un salarié français coûtait 15% moins cher qu'un Américain. Aujourd'hui, il est 70% plus cher que le même. Dans le même registre, un Français travaille 1.346 heures par an, un Sud-Coréen 2.390 heures. On retrouvera ces chiffres dans Sacrées vacances! Une obsession française de Ted Stanger, un livre cruellement ironique, publié chez Flammarion.




Je laisse ce pensum à vos réflexion ...
Par François Hauter

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Pouvez vous citer une seule chose que François Hollande aurait réalisée en 30 ans de vie politique ? Une seule ?

Ségolène Royale . Interview au Figaro le 8/09/2011

Il existe des paradis fiscaux , avec Hollande il existerait un enfer fiscal ..la France !

sauf pour les journalistes

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Re: La grande récré», cette avancée sociale

Message  Jeanclaude le Ven 22 Juil - 22:23

Ou pourrait envisager de mettre tout le monde salarié sur un même pplan d'égalité et accorder les mêmes congés à chacun, de même pour les départs en retraites et j'en passe et des meilleures !

Jeanclaude
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