L'Allemagne quittera-t-elle l'Euro ?

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L'Allemagne quittera-t-elle l'Euro ?

Message  Jeanclaude le Lun 29 Mar - 18:12

L'Allemagne quittera-t-elle l'Euro?

Le 23/03/10
Les politiques allemands se déchaînent depuis que la "question grecque" est soulevée. Désignant les mauvais élèves, dénonçant le rôle néfaste des "faibles", et appelant à un rôle accru des "forts", nos voisins laissent planer un doute sur l'Euro et son usage.
Tout ceci prend des proportions suffisamment étonnantes pour qu'on se prenne à penser que les Allemands ne seraient peut-être pas mécontents de se sortir de ce qu'ils présentent de plus en plus comme un traquenard..... !
Depuis quelques temps les Allemands se font un plaisir à soulever de nombreuses questions sur l'Euro. Et, ils ont raison. Ce n'est pas quand les choses vont bien que l'occasion est bonne pour tout revoir. En général quand tout va bien tout, le monde est convaincu que la bonne martingale a été trouvée. Donc on ne touche à rien. En revanche, quand la crise est là qui se répand partout, poisseuse et polluante comme une conduite de pétrole qui aurait pété, la pratique économique glisse, patauge et se casse la figure dans une fureur impuissante et des imprécations destructrices. Alors, tout le monde veut toucher à tout et du passé faire table rase.
" Un gouvernement économique européen doit s'aligner sur les Etats membres les plus rapides et les meilleurs, pas sur les plus faibles " a dit Angela Merkel dans des termes qui laissent quelque peu perplexes à un moment où le mot solidarité devrait être le maître mot de la pensée et de l'action politique et économique européenne.
Angela Merkel dit tout haut ce que beaucoup d'Allemands pensent tout bas. On l'a rappelé dans une précédent contribution (Reprise : L'Allemagne paiera ?) l'Allemagne a beaucoup donné. Ça va bien ! Cela suffit ! Ce qui fait que maintenant l'Allemagne veut voir avant de payer et même, si possible, ne plus payer pour les autres.

L'Allemagne ne paiera plus !
Nous disions " L'Allemagne est un colosse aux pieds d'acier et de plomb. La capacité de la société allemande à lutter contre l'adversité, et d'abord contre elle-même, contre les miasmes du passé a été impressionnante. L'Allemagne de l'Ouest a aussi été capable de reprendre une entreprise délabrée, moralement effondrée, psychologiquement détériorée, qui se nommait Allemagne de l'Est. Elle l'a portée à bout de bras, en a assumé les conséquences sociales et culturelles, puis ensuite, a fait face aux conséquences inflationnistes et à une crise du chômage sans précédent. Grâce à sa capacité à vouloir, à agir et à s'adapter, l'Allemagne a conquis et maintenu, contre toutes les crises, sa place de premier exportateur mondial, de spécialiste de la haute qualité industrielle et de fournisseur de toutes les nations en voie d'industrialisation rapide ".
Se drapant dans la vertu du romain bâtisseur, les Allemands annoncent à l'Europe : "ce que nous avons fait dans les larmes et la douleur, vous devez pouvoir le faire. Nous avons sculpté à coups de scie et de marteau, par le feu et la force, cette Allemagne nouvelle que vous avez comme partenaire. Ne pensez surtout pas un instant que nous nous sommes faits mal et que nous avons souffert pour vous permettre à vous, Européens, de vivre dans la facilité!"
A ce titre et au service de cette belle et noble idée, les Allemands se déchaînent dans la dénégation de l'Europe, de la monnaie Européenne et des idées.
C'est aussi que l'Europe a voulu passer d'une Communauté à une Union. Les Etats fondateurs de l'Union Européenne ont voulu une même maison avec un même toit, l'Euro. Auparavant, ils avaient, dans un grand mouvement de générosité européenne, voulu accueillir quelques ex-membres de l'Union Soviétique. Belle édifice brillant de mille feux d'enthousiasme et d'optimisme….mais personne l'entretien du bâtiment et la répartition des efforts ne fait pas l'unanimité. L'exemple de la Grèce est là pour montrer que lorsqu'on met les choses en commun, il faut qu'une même discipline inspire les actes, les projets et les ambitions des participants à cette communauté.
Sans discipline, pas de communauté qui tienne….
Tant que l'Europe n'a été qu'une simple communauté, les choses pouvaient aller leur rythme et chacun pouvait dans de larges limites cuire son fricot de son coté. Du jour où, pour parfaire l'Union et l'engager dans la voie d'un fédéralisme politique qui pourrait suivre l'unité économique, on a créé l'Euro, une boîte de Pandore a été ouverte. La monnaie commune supposait une communauté d'esprit encore plus stricte que lorsqu'il ne s'agissait que de frontières, de dispositions concurrentielles, ou de circulation des personnes et des valeurs mobilières. La monnaie " Euro " mise en commun, c'était un pari d'une très grande audace.
Les Allemands sont en train de nous dire que ce pari a été perdu. Mettre des choses essentielles comme l'Euro en commun ne pouvait pas créer une espèce de droit de tirage qui, progressivement, se donne des airs de droit acquis.
Et pourtant, beaucoup en Europe " Euro ", ont eu tendance à prélever sur le " commun ". Or, là est le problème que voient les Allemands! Lorsque ce qui est mis en commun est utilisé sans vergogne par une majorité, il y a un fort risque qu'une minorité paie pour tout le monde. C'est bien cela qui conduit Angela Merkel à faire de grandes déclarations en faveur de la sélection naturelle, sur les pays qui sont faibles et qui devraient laisser les manettes aux pays qui sont forts….
Ne pas payer! Ne pas laisser les tricheurs gagner! Ne pas laisser le citoyen allemand payer une deuxième fois, lui qui a fait des efforts considérables pour absorber la partie orientale et toute la collectivité de retardataires qui la composait, et qui, surtout, l'a fait tout seul, sans demander rien à personne. Les autres retardataires, les grecs et peut-être un peu plus tard les portugais, et les espagnols….les français (?) n'ont qu'à se débrouiller.
Quelles solutions pour les plus faibles ?
Des prêts à la Grèce pour lui permettre de régler des problèmes de trésorerie ? bien sûr que ce serait une bonne solution. A chacun selon ses besoins. De chacun qui irait de sa poche selon ses capacités ou une clé de répartition prédéfinie. On créerait des sortes de droits de tirage au profit de la Grèce ouverts auprès de chaque institution monétaire de la zone euro. Voilà qui fleurerait bon l'Europe au sens communauté du terme?
Si on veut pousser un peu plus loin, entre les prêts consentis par les états membres de l'Euroland et un Fonds Monétaire Européen, il n'y a qu'un pas. On peut esquisser même que les prêts consentis par les états individuellement annonceraient ce Fonds et en seraient la première étape historique. La suivante résulterait de la simple remise au Fonds des droits de tirage déjà consentis. Leur gestion serait ainsi entourée d'une plus grande neutralité et même éthique. La garantie d'une entité indépendante serait un de ces pas symboliques et forts vers, non pas un plus, mais un mieux d'Europe.
La différence? Le Fonds pourrait se voir autoriser par les membres de l'Euroland à aller chercher ses sources de financement ailleurs que dans l'Euro, c'est-à-dire en dollar, yuan et peut-être, en monnaie chinoise…. Il pourrait mener une politique de conseil, de soutien et de renflouement adressée aux pays de la zone. Les esprits chagrins diront qu'indépendance et de financement et d'action du Fonds, s'il était laissé entre les mains des faibles, pourraient aussi servir à couvrir des politiques non vertueuses, qui ne mettraient pas l'accent, selon les standards allemands, sur l'effort, la sévérité fiscale et l'obligation religieuse de respecter les grands principes d'équilibre budgétaire.
Dans l'esprit et les réflexions de quelques hommes politiques allemands, il y a déjà, avec l'Euro et la mise en commun d'un droit de battre une monnaie payable par tout le monde, y compris les pays vertueux, beaucoup trop de laisser aller, beaucoup trop de laxisme et pas assez de bonne gouvernance de la monnaie et des budgets. On y imagine bien dans ces conditions que les deux formules, droit de tirage ouverts par chacun des membres " Euro " de l'Union Européenne et Fonds Monétaire Européen sont inacceptables puisque rien ne garantirait que le laxisme du " bénéficiaire " serait puni. Rien ne garantirait non plus que soient imposées de vraies mesures d'austérité et de redressement. Des mesures qui ressembleraient à ce que l'Allemagne s'est infligée à elle-même pendant les dernières années pour redresser la barre.
Si ces formules là ne sont pas possibles, il faut trouver autre chose. La Grèce dans l'état où elle se trouve et après toutes les dégradations d'agences de notation, toutes les prises de position contradictoires sur l'aide qui pourrait ou ne devrait pas lui être apportée, risque d'avoir les plus grandes difficultés pour refinancer sa dette publique et faire face à ses échéances prochaines.
Les Allemands, certains d'entre eux, qui ne manquent pas d'imagination en ce moment proclament qu'il faut tout bêtement que la Grèce sorte de l'Euro et revienne vers une " nouvelle Drachme ". Un peu plus tard, mais vraiment un peu plus tard quand leur économie et leur budget se seront assainis, on pourra envisager de réintroduire les Grecs dans le concert de l'Euro. Cette version est souvent présentée comme le comble de l'absurdité. Les dettes de la Grèce et de la plupart des entreprises voire des particuliers étant exprimées en Euro, la sortie de la Grèce de l'Euro pour une drachme nouvelle et dévaluée par rapport à l'Euro conduirait à étrangler encore davantage ce pays.
L'autre version proposée par quelques créatifs allemands de la pensée monétaire européenne est que les Grecs devraient se mettre en cessation de paiement! Ils n'ont qu'à ne plus payer et puis, ensuite, dieu reconnaitra les siens. C'est une autre formulation de la sortie de l'Euro. Si le trésor Grec annonce qu'il ne peut plus payer ses dettes, s'il ne trouve donc plus de préteurs, alors cela revient exactement à dire que la Grèce, ne pouvant assumer ses dettes en Euro, comme les autres dans les différentes devises mondiales, est sortie de l'Euro.
Et si l'Allemagne sortait de l'Euro?
Passons sur la formule FMI qui semble séduire quelques personnages politiques allemands. C'est la formule la plus anodine possible, si ce n'est qu'à ce rythme là, on verra bientôt intervenir le FMI pour aider la Sicile, la Wallonie, et toutes les zones qui ayant souffert de la sur présence d'un centre économique dominant ont du mal à trouver les sources de financement destinées à des programmes de redressement, de désenclavement et surtout d'autonomie. Passons aussi sur les formules " rigolotes ", quoiqu'à deux doigts de l'injurieux et de l'obscène : la Grèce n'a qu'à vendre quelques îles…on ne s'étendra pas.
Il reste une formule dont personne ne parle et qui, pourtant, devrait satisfaire tout le monde et permettre surtout de limiter les effets d'entraînement vers les autres pays malades de leurs finances publiques en Europe et qu'on a cité un peu plus haut : l'Allemagne décide de quitter l'Euro!
Çà c'est une idée qu'on n'a pas encore entendue et, on le comprend bien, c'est une idée explosive ! Pourtant, comme on l'a dit en exergue, c'est dans les moments difficiles que créativité et progrès se rencontrent afin qu'émergent les temps nouveaux. Reprenons! L'Allemagne sortirait de l'Euro. L'absurdité qu'on avait décrite dans le cas d'une sortie de la Grèce ne se retrouverait pas ici. Tous les agents qui détenaient des balances en Euro réagiraient en les cédant contre DM car la devise européenne privée d'une partie majeure de son sous-jacent économique perdrait nécessairement de la valeur réduisant de ce fait le poids relatif des dettes en Euro. Dans le sens inverse, le DM reflétant un modèle économique vertueux et pur appuyé sur une balance commerciale largement excédentaire devrait voir sa valeur progresser considérablement. En conséquence, les entreprises allemandes, ainsi que les ménages et les collectivités publiques allemands endettées en Euro verraient le coût de leur endettement réduit et le poids du capital s'alléger. C'est exactement l'inverse d'un pays " faible " qui sortirait de l'Euro.
Dans ces conditions les problèmes de la Grèce seraient largement réglés aux dépens de détenteurs de créances en Euro ! Au surplus, la réévaluation du DM par rapport à l'Euro rendrait à nouveau beaucoup plus attrayant le prix des prestations de service touristiques grecques, les remettant, peut-être au même niveau que les turques…. Les esprits chagrins diront que ce serait quand même écraser une puce avec un marteau pilon! Il est vrai, si les choses sont vues avec le mauvais bout de la lorgnette que c'est le prototype de la fausse bonne idée, et que s'il ne s'agissait que de la question grecque, ce serait une proposition bizarre ! Mais on a bien dit, et il semble que cela soit de plus en plus vrai, que le problème grec c'est le problème portugais dans quelques mois, peut-être même le problème de l'Irlande, celui de l'Espagne….n'a-t-on pas entendu l'Agence de Notation Fitch annoncer que, si on la retenait pas, ce mouvement de dégradation pourrait bien concerner aussi la France (avec la Grande Bretagne, il est vrai…mais on s'en moque car cette dernière n'est pas dans l'euro).
Faire sortir l'Allemagne de l'Euro, permettrait donc de résoudre en un clin d'œil les problèmes que la puissance et la santé retrouvée de l'Allemagne commencent à poser à l'Union européenne. La mise en œuvre d'une politique de désinflation agressive, par diminution des salaires, augmentation de la durée du travail, allongement du nombre d'années de cotisation pour accéder à la retraite, quand les autres membres de l'Union ne procédait pas dans le même sens, a conduit à une dévaluation de fait en Allemagne. Cette dévaluation sous forme de salaires abaissés en pouvoir d'achat, d'entreprises subissant moins de prélèvement et contenant leurs prix, voire les baissant, a été protégée, par l'Euro contre les effets les plus néfastes de toute dévaluation…. en particulier, sur les importations allemandes et, plus spécialement, les importations d'énergie.
D'une certaine façon l'énoncé de cette solution présente une forte similarité avec celui de la situation chinoise. Les deux pays ont pratiqué une politique de devise sous-évaluée (la Chine), de désinflation compétitive (l'Allemagne). Les deux pays sont massivement exportateurs et accumulent des réserves considérables (Chine), de plus en plus importantes (Allemagne). Ils sont tous les deux accusés de porter atteinte à l'équilibre monétaire et financier international….et mis sous pression pour rectifier leur position.
L'Euro sans les Allemands, ou les Allemands sans l'Euro ?
Que resterait-il dans ces conditions? Une zone monétaire un peu vasouillarde mélange de petits pays au nord qui se disent efficaces et quasi allemands, et de pays moins petits, mais qui sont du Sud ou pas loin, tous aussi importateurs les uns que les autres, aucun n'osant pas mener des politiques d'austérité sévère. L'euro serait une monnaie de seconde zone, un dollar en pire comparé au DM et au Renminbi. Les pays de l'Euro se retrouveraient cependant avec un marché considérable, le marché allemand, ouvert dans des conditions beaucoup plus sympathiques. Les Allemands eux-mêmes enrichis d'un seul coup par la réévaluation du DM nouveau, pourraient se lancer dans une fringale de consommation. Le coup de fouet économique dont Christine Lagarde regrette tant qu'il soit retenu, claquerait haut et fort. La monnaie Euro, se dépréciant vis-à-vis du dollar, du Renminbi, voire de la livre sterling, les pays de l'Euroland pourraient rééquilibrer leurs balances commerciales et s'engager sereinement dans une politique de restructuration de leurs finances publiques….
Et l'Allemagne dans ces conditions? L'effondrement de sa démographie ne serait plus un problème, l'écrasante population de retraités dont elle se peuple progressivement verrait ses régimes de retraite refinancés grâce à un DM " boosté ". L'importation massive de Kurdes et de Turcs payés pas cher compenserait la diminution dramatique de la population allemande en âge de travailler et contribuerait à maintenir la structure des coûts des entreprises pour que continue à tourner la machine à exporter qu'est devenu ce beau pays.

Source : Les Echos
-20100329]http://www.les-cercles.fr/economie/economie-societe/europe/1594-l-allemagne-quittera-t-elle-l-euro?xtor=EPR-1000-[info%20matin]-20100329

Jeanclaude
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