Virage allemand sur la gouvernance européenne

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Virage allemand sur la gouvernance européenne

Message  Invité le Jeu 18 Mar - 2:02

Virage allemand sur la gouvernance européenne



Quel contraste ! Il n'y a pas si longtemps, en 2007, Angela Merkel était louée de toute part pour l'efficacité de sa double présidence de l'Union européenne et du G8. Trois ans et une récession majeure plus tard, elle est devenue « madame Non », leader rigide d'un pays inerte et égoïste qui aurait empêché l'Europe de réagir aussi vite que souhaitable à la crise. L'idée s'est répandue que les Allemands, excellents dans les périodes fastes, se révèlent de déplorables gestionnaires dans la tempête. Est-ce aussi simple ?



« Ces reproches ne sont pas totalement injustifiés, estime Claire Demesmay, de l'Institut allemand de politique étrangère (DGAP). Rappelez-vous le début de la crise, en 2008. Angela Merkel, peut-être avec une vision idéalisée de l'économie de son pays, pensait que le système bancaire allemand, plus sain, serait préservé. Vous avez le même défaut d'analyse au début de la crise grecque, avec une chancelière qui met la pression sur Athènes et fait tout pour que cela soit vu comme un problème grec. »



Thomas Klau, à l'European Council on Foreign Relations (ECFR), concède que « le gouvernement allemand s'est en effet montré lent au démarrage, plusieurs fois, quand il s'est agi de comprendre la gravité de la crise et de développer un discours public convaincant, aussi bien à l'égard des marchés qu'à l'égard des opinions, allemande comme européenne ».



A défaut de les excuser, on peut toutefois expliquer ces lenteurs et ces erreurs d'appréciation par des facteurs structurels. Isabelle Bourgeois, du Centre d'information et de recherche sur l'Allemagne contemporaine (Cirac), cite notamment « le mode de gouvernance, très spécifique. Le cabinet doit harmoniser ses positions avec le Bundestag, le Bundesrat, qui représente les Länder, les partenaires sociaux, les fédérations professionnelles ». Ce qui prend du temps, naturellement.



A cela s'ajoutent la conviction des Allemands de ne pas être tombés dans les travers du turbo-capitalisme à l'anglo-saxonne, la personnalité de la chancelière, « qui a besoin de consulter des avis différents avant de se prononcer », selon Claire Demesmay, et les difficultés - nombreuses -que pose le partenaire libéral de la coalition gouvernementale. Mais, tempère Thomas Klau, « une fois que la classe politique a pris la pleine mesure de la situation, le système réagit généralement de manière efficace ». On l'a vu avec la mise en place des plans conjoncturels.


La réticence des Allemands à s'engager en faveur d'aides concrètes pour ses partenaires en difficulté est, elle aussi, indéniable. Mais, plutôt que de la qualifier d'égoïsme, encore faut-il se rappeler d'où vient le pays : « Si l'Allemagne est dans une situation budgétaire relativement meilleure que ses partenaires, reprend Thomas Klau, c'est qu'elle a accompli des efforts considérables de réforme de l'Etat providence, qui ont été douloureux pour les plus faibles et pénibles pour la majorité des citoyens. La pauvreté, phénomène très minoritaire dans l'Allemagne de l'Ouest, est devenue un fait de société. » Les Allemands, certes principaux bénéficiaires de l'euro, qui empêche les pays les moins compétitifs de l'Union monétaire de dévaluer, refusent néanmoins d'endosser le rôle de prêteur en dernier ressort, alors que d'autres n'ont pas fait « leurs devoirs », à savoir des réformes structurelles.

D'où un mémorable éditorial du grand quotidien « Frankfurter Allgemeine » : « Les Allemands devront-ils travailler jusqu'à soixante-neuf ans pour que les Grecs jouissent de leur préretraite ? » Question qui fait mouche dans un contexte de polémique sur les minima sociaux, à l'approche d'élections importantes en Rhénanie-du-Nord-Westphalie.


Une fois qu'il a bien fait sentir sa désapprobation, le gouvernement allemand a toutefois, peu à peu, assumé ses responsabilités. En témoigne la récente proposition de Wolfgang Schäuble de monter une sorte de Fonds monétaire européen. « On peut la comprendre comme une façon de se rattraper, de démontrer la capacité d'initiative de l'Allemagne, tout en précisant qu'il s'agit d'une réflexion à long terme, de manière à maintenir la pression sur Athènes », analyse Claire Demesmay.


Angela Merkel, après des années passées à le refuser catégoriquement, reprend désormais à son compte le vocable de « gouvernement économique ». Berlin ne répond plus, de manière un peu pavlovienne, qu'il ne veut rien sacrifier de l'indépendance de la BCE, mais accepte désormais de mieux coordonner, concrètement, les politiques économiques et budgétaires au sein de la zone euro, avec une surveillance mutuelle accrue. « C'est une révolution. Certes, le processus se fait sous la contrainte, pas par conviction ou par vision, ce que je trouve personnellement décevant. Mais, aujourd'hui, on sort des formules creuses pour parler des choses sur le fond », salue Frank Baasner, directeur de l'institut franco-allemand de Ludwigsburg.


Le plus probable, c'est que la crise grecque, au final, renforce la gouvernance de la zone euro, négligée par le traité de Lisbonne. Dans le processus, l'Allemagne n'aura certes pas fait la course en tête. Mais ce n'est guère nouveau. « Dans l'histoire de la construction européenne, les idées et les initiatives viennent rarement de l'Allemagne, qui agit plutôt comme un filtre », rappelle Thomas Klau.


http://www.lesechos.fr/info/analyses/020416246195-virage-allemand-sur-la-gouvernance-europeenne.htm

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